historique

PÉRIODE D’ACTIVITÉ

UN ANCIEN FLEURON
DE LA SIDÉRURGIE LORRAINE

Le site des Portes de l’Orne est un ancien fleuron de la sidérurgie Lorraine caractérisé par l’usine de Rombas et ses 8 hauts fourneaux (Portes de l’Orne amont) et par l’usine de Gandrange et sa cathédrale d’acier de plus de 80m de haut (Portes de l’Orne aval). A leur apogée, elles permettaient la production de 5,2 millions de tonnes d’acier par an et faisaient travailler environ 13 000 personnes. De cette immense structure dont l’histoire commence dans les années 1880-90, il ne reste aujourd’hui plus que le LCB et ses 300 employés

LES MINES DE FER

Il est impossible d’évoquer l’histoire de l’usine de Rombas sans parler de celle des mines de fer de Lorraine. Si le minerai de fer fut exploité depuis plusieurs siècles en Lorraine, le développement des mines (usines) est lié à la découverte d’une nouvelle technique d’affinage de la fonte phosphoreuse. En effet, dans les années 1855, la fabrication de l’acier initialement réalisée à partir de la fonte au bois est remplacée par de la fonte au coke. Le procédé Bessemer (transformation de la fonte en acier au moyen d’un courant d’air violent passant au travers de la fonte liquide introduite dans une cornue métallique) alors utilisé n’est pas compatible avec le minerai de fer Lorrain (« minette ») pauvre en fer (30/35%) et riche en phosphore.

 

En 1877, Syndney Thomas et Percy Gilchrist déposent un brevet sur le traitement des fontes phosphoreuses applicable à la « minette » de Lorraine (sorte de perfectionnement du procédé Bessemer avec emploi d’un revêtement basique (dolomie) et introduction de chaux dans la fonte liquide). Ce brevet passe dans le domaine public en 1893.

Cette nouvelle technologie signe le lancement de l’exploitation du potentiel minier de la Lorraine et la construction d’usines sidérurgiques complètes.

L’USINE DE ROMBAS
De sa naissance à sa mort

L’usine de Rombas (sur le site du Moulin Neuf), est construite à l’initiative de la société allemande ROMBACHER HÜTTENWERKE à partir du printemps 1889. Initialement usine à fonte, suite à la mise en service de sept hauts fourneaux entre 1890 et 1902, elle deviendra une aciérie exploitant le procédé Thomas dès 1900. Suivront, en 1902, l’exploitation de la cimenterie Portland, des laminoirs à pater et de l’usine à gaz (alimentant une centrale électrique destinée aux installations, aux villes et villages de la région y compris Metz). Puis en 1903, l’aciérie Martin est mise en marche. Est alors née l’usine de Rombas venant marquer le paysage pour des décennies autant par sa monumentalité et son architecture que par les fumées qui en émanent.

En 1913, l’usine arrive en tête de la production lorraine d’acier. Elle emploie alors plus de 4 000 ouvriers et cadres et plus de 1000 mineurs.

Pendant la 1ère guerre mondiale, l’usine de Rombas, alors Allemande, est intégrée à l’économie de guerre. Le déficit en personnel lié à la mobilisation est compensé par l’arrivée de prisonniers de guerre russes, de retraités, de femmes voire d’adolescents. Permettant ainsi à l’usine de maintenir les ¾ de sa production.

Dès 1917, la croissance des besoins en acier nécessite l’agrandissement de l’usine. Une aciérie Martin et une aciérie Thomas supplémentaires sont construites.

En 1919, l’usine fut mise sous séquestre en attente de la revente au groupe Petiet, aux aciéries de Marine-Homécourt et à la maison Schneider qui formeront dès 1920, la Société Lorraine des Aciéries de Rombas.

Les décennies 1920-1940, sont marquées par d’importants travaux de modernisation.

Le huitième haut fourneau dont la construction avait été initiée en 1917 est mis en service en 1920. Les hauts fourneaux 1 à 4 sont modernisés ainsi que les aciéries.

C’est également le début des exportations avec notamment la construction en 1933, d’un un port privé.

En 1939, les usines mettent leur puissance de production à la disposition du pays pour la guerre jusqu’en mai 1940. L’usine est ensuite réquisitionnée par l’armée allemande, mais la production ne dépassera pas les 10,5% de sa capacité totale.

A l’issue de la guerre, les installations sont en mauvais état et ont besoin d’être modernisées. Après des travaux de modernisation et la création de SIDELOR en 1951, le site industriel de Rombas connait son apogée. En 1964, l’usine sidérurgique, s’étend sur 2,4 km et 142 ha, crassier non compris.

Le groupe Wendel Sidelor est créé en 1968.

L’aciérie Martin qui était devenue vétuste est fermée en février 1969.

De 1968 à 1970, furent reconstruits et rénovés la totalité des hauts fourneaux présents sur le site permettant d’atteindre une production de 2,2 million de tonnes annuelle (1,2 millions de tonnes avant travaux).

La cimenterie Portland est vendue en 1970.

A partir de 1971, les usines de Rombas et de Gandrange sont regroupées dans la filiale SACILOR (Société des Aciéries de Lorraine) qui avait été créée en 1964 pour permettre la construction de l’aciérie de Gandrange. Les deux trains 6 et 7 furent arrêtés dès octobre 1971.

En 1973, Wendel Sidelor absorbe sa filiale SACILOR et prend son nom.

L’agglomération Smidt cesse toute fonction en novembre 1974.

L’usine de Rombas perd sont aciérie Thomas fin 1977, son train à palplanches et ses blooming passent en discontinu en 1979.

De 1976 à 1981, de 8 hauts fourneaux, l’usine de Rombas n’en compte désormais plus que deux (le R5 et le R6), mais uniquement le temps d’achever la modernisation du R7 qui entraîna leur fermeture en avril 1982. Six hauts fourneaux sont détruits. Deux subsistent, mais seul le R7 reste en fonctionnement, le R5 étant en attente de rénovation.

L’usine perd encore plusieurs installations en 1983 dont son train de 3 laminoirs et son moulin à scories.

UNIMETAL, filiale des usines à produits long du groupe USINOR-SACILOR fut créée fin 1984.

Le 1er janvier 1988, l’usine à fonte fut séparée du reste d’UNIMETAL avec la création de LORFONTE. Et 1993 signe l’arrêt du dernier train à palplanches (juillet), mais également des ateliers de parachèvement.

En décembre 1994, Lorfonte devient Sollac Orne Fensch.

Les deux derniers Hauts fourneaux s’éteignent en 1998 avant d’être démantelés.

La crise économique des années 80, la mise en service des usines de Fos sur mer et de Dunkerque eurent raison du site de Rombas devenu obsolète et pas assez producteur.

SON FONCTIONNEMENT

Arrivé à l’usine, le minerai est concassé puis criblé. Des bandes transportent ensuite directement les morceaux de 25-80 mm aux accumulateurs des hauts fourneaux et les fines vers les ateliers d’agglomération de minerai. Les agglomérés repris par bande ou chaîne transporteuse sont dirigés vers les accumulateurs des hauts fourneaux. Rombas reçoit tout son coke de l’extérieur par trains de wagons particuliers circulant sur la voie SNCF. Les Houillères de Lorraine sont le fournisseur principal, mais des tonnages importants arrivent également du Nord de la France, de la Ruhr et de la Hollande.

LES HAUTS FOURNEAUX

Huit hauts fourneaux placés sur une ligne étaient présents sur le site de Rombas. Ils permettaient la production de fonte, de gaz et de laitiers à partir de coke et de minerai provenant des mines situées à moins de 30 kilomètres. En sortie de four, la fonte est dirigée à l’aide d’un pont roulant vers le mélangeur de l’aciérie. Les gaz issus de la combustion du coke servent à faire fonctionner le haut fourneau, à fabriquer de l’électricité et à chauffer les fours Martins et les fours de réchauffage en amont des laminoirs. Enfin, le laitier est en partie utilisé en cimenterie ou briquerie. 

LES ACIÉRIES

L’ACIÉRIE THOMAS

Elle est mise en service en décembre 1931. Elle comprend 7 convertisseurs de 30 tonnes.

Dans le convertisseur, la fonte est transformée en acier par l’insufflation d’air sous pression et de chaux.

La scorie issue de l’ajout de chaux est utilisée comme engrais.

Après affinage, l’acier est coulé en poche, puis en lingotières. Les lingots obtenus sont ensuite dirigés vers les laminoirs.

L’ACIÉRIE MARTIN

Dans le procédé Martin, l’acier est obtenu en fondant dans un four à sole de la fonte et de la ferraille. Rombas possède 4 fours Martin de 25 tonnes élaborant toutes les qualités d’acier au carbone ainsi que les aciers spéciaux.

L’ACIÉRIE ÉLECTRIQUE

Un four électrique de 30 tonnes a été mis en service en 1938. Il est installé au bout de l’aciérie Thomas qui l’alimente en acier liquide, le four marchand en « duplex ».

L’ACIÉRIE MARTIN

Dans le procédé Martin, l’acier est obtenu en fondant dans un four à sole de la fonte et de la ferraille. Rombas possède 4 fours Martin de 25 tonnes élaborant toutes les qualités d’acier au carbone ainsi que les aciers spéciaux.

LES LAMINOIRS

Le laminage a pour but de modifier la forme des produits sidérurgiques. Cette transformation résulte de passages successifs du lingot ou du demi-produit entre deux cylindres tournant en sens inverse l’un de l’autre et dont l’action entraîne la barre en même temps qu’elle lui imprime augmentation de longueur et réduction et modification de section. Les lingots provenant de l’aciérie sont réchauffés dans des fours Pits. Les lingots sont d’abord dégrossis au blooming. A la sortie du blooming, les blooms obtenus sont dirigés vers les différents trains. Les gros trains (trains 1 et 2) et les trains moyens (trains 4 et 5) laminent directement à partir de blooms, avec ou sans réchauffage, des produits finis. Les trains continus 3 et 3a laminent, également à partir des blooms, des billettes qui, après réchauffage, alimentent les petits trains (6,7,7a et 8). Après laminage, les produits sont refroidis, dressés, coupés à longueur et, s’il y a lieu, parachevés. Enfin, le finissage, long de 500 mètres avec ses 9 halles desservies par 25 ponts roulants, permet de trier et de stocker 150 000 tonnes de produits laminés et d’assurer le chargement sur wagons de toute la production.

L’USINE D’AGGLOMÉRATION
DE ROMBAS

En décembre 1959, l’usine de Rombas est dotée d’une première agglomération (installation sidérurgique servant à rendre le minerai de fer apte à son utilisation dans un haut fourneau) dite Smidth, une seconde suivra en 1963 de type Lurgi et une troisième du même type en 1970. L’usine d’agglomération fut pour un temps considérée comme la plus grosse au monde.

L’agglomération Smidth cesse toute activité en 1974. 

Dans les années 1990, l’usine alimente les hauts fourneaux du site de Rombas et ceux de Hayange.

En 1998, les deux derniers hauts fourneaux de Rombas sont arrêtés.

Fin 2012, les hauts fourneaux de Hayange sont mis sous cocon dans le cadre d’un accord passé entre l’Etat et le groupe sidérurgique Arcelor Mittal. Ils sont alors laissés en l’état dans la perspective de réalisation d’un démonstrateur industriel Ulcos sur un haut fourneau. Arcelor Mittal s’engage à ne pas démonter les installations dans les six ans.

L’usine d’agglomération de Rombas, dont l’activité dépend des hauts fourneaux, est donc à l’arrêt depuis mars 2013.

L’ACIÉRIE
DE GANDRANGE

L’aciérie de Gandrange fut construite entre 1965 et 1969. Avec une capacité de 4 millions de tonnes d’acier produit par an, elle fut rapidement considérée comme l’une des plus puissantes d’Europe. Elle présentait quatre fours adaptés au traitement des fontes phosphoreuses suivant deux procédés. Le premier dit OLP ou oxygène Lance Poudre (1971), le second dit Kaldo (1969). Chaque four dans sa spécialité étant considéré comme les plus gros du monde. Gandrange comporte également des gros trains à laminoirs d’une capacité de 3,5 millions de tonnes d’acier par an et selon plus de 300 nuances.

L’aciérie de Gandrange alors surnommée la cathédrale d’acier constituait un édifice de 49 000 T d’acier, 430m de long, 150m de large, 80m de haut avec deux cheminées surplombant à 99,5m d’altitude.

Le train à fil fut modernisé de 1977 à 1979, puis l’aciérie fut dotée de deux coulées continues en 1981 et 1984 avec la rénovation des deux convertisseurs OLP selon le nouveau procédé LBE.

En 1979, les deux fours Kaldo, peu fonctionnels, furent mis en réserve. Le niveau de production de l’aciérie étant ainsi maintenu à 3,4 millions de tonnes d’acier brut traité par an. Elle devient une « aciérie électrique » en 1993, ce qui lui permet d’être épargnée par la crise que connait l’ensemble de la sidérurgie. Plusieurs mutations et changements de groupes vont s’opérer au cours des années.

L’usine Usinor cède l’aciérie en 1999 pour un franc symbolique au groupe Mittal, qui devient en 2006 Arcelor Mittal.

Le groupe Arcelor Mittal annonce en janvier 2008 la fermeture de l’aciérie électrique et du train à billette (TAB) de l’usine. Seuls subsistent le Centre de Recherche et le Laminoir à Couronnes et Barres (LCB).

Les premiers chantiers de démantèlement des équipements industriels qui concernent la rive droite de l’Orne ont commencé en 2001 et sont toujours en cours.